Salut lecteur, ça biche ? La forme ?

Ici, les vacances sont terminées, après deux semaines de sorties, plaisirs en tous genres, partie de rigolade, visites, il est temps de reprendre une activité normale, fini de rigoler justement !

Entrons aujourd’hui dans le vif du sujet en évoquant la dernière arrivée ici, la petite Jessy. Jessy est une chienne qui nous est arrivée directement de Roumanie, dans le cadre d’une opération d’envergure. Cet article sera long, très long, un billet fleuve pour ainsi dire, alors choppe ta tablette, ton pc portable, munis-toi d’au moins deux litres de ta boisson préférée, de quoi grignoter, isole-toi et installe-toi dans ton meilleur fauteuil, c’est parti, et ce ne sera pas forcément drôle d’ailleurs !

Le 12 juillet dernier, plusieurs dizaines de chiens sont arrivés de Roumanie dans un covoiturage d’envergure. Essayons si vous le voulez bien de comprendre un peu plus dans le détail la situation en Roumanie. Valérie, coordinatrice de cette opération, a pris sur son temps afin de nous écrire un texte, coup de cœur pour ces chiens roumains et coup de gueule contre cette décision déplorable et les gens qui en sont les responsables.

En deux mots je vais essayer de me présenter et de vous raconter pourquoi je me bats pour les chiens de Roumanie. 

J’habite en suisse mais je suis française. Mon premier sauvetage en Roumanie a commencé en 2013 quand j’ai vu une petite chienne husky avec une patte complètement retournée et qui ne semblait plus rien attendre de la vie! Son image m’a hantée pendant 3 jours, je ne pouvais plus mange et dormir... Je me suis dit que j’allais tout faire pour la sauve malgré le fait que je ne parlais ni l’anglais ni le roumain. J’ai donc commencé à prendre des renseignements auprès d’une personne roumaine que j’avais aidée pour un husky. Elle m’a donc organisé une conversation avec la personne qui avait sorti la chienne de l’enfer et aussi avec une traductrice qui parlait bien le francais, Loreta. Nous sommes vite devenu amie avec Loreta et pendant de longs mois nous avons tout fait pour cette petite chienne handicapée. Nous avons réussi à lui trouver une super famille mais malgré tout l’amour qu’elle a reçu elle est décédée en décembre, son petit corps avait reçu trop de coups et n’a pas résisté à une hémorragie.

Depuis je me bats pour les chiens roumains mais aussi et surtout pour les huskys qui sont très nombreux en Roumanie. J’ai moi-même deux huskys adopte dans un refuge en France. Au fil du temps j’ai rencontré différentes amies qui se battaient aussi pour les loulous de Roumanie dont Catherine Voirol. J’essaie d’aller deux fois par an en Roumanie pour rencontrer les loulous du refuge où travaille Loreta comme bénévole. Les chiens errants sont ramassés dans les rues, disons capturés avec un lasso métallique par les dogcatchers. On les attrape n’importe comment, parfois leur pattes sont coupées avec ce lasso, les chiens qui auront la chance d’être sauvés par une asso pourront être soignés et amputés. Les autres mourront dans des lieux sordides, d’infections ou d’autres choses. Les chiens ne sont pas euthanasié proprement avec une piqûre car ça coûte trop cher donc on les massacre à coup de barre de fer ou pour en tuer un maximum, on les mouille et on balance l’électricité. Les chiens meurent dans d’horribles souffrances, quand ils meurent.

Certains agonisent des heures voir des jours avant d’avoir la chance de mourir. Alors quand on me dit qu’il y a tant de chiens en France qui attendent une famille, je leur réponds d’aller voir un seul chien de Roumanie dans une fourrière et je pense qu’il n y a rien à dire, l’image parle d’elle-même. Les chiens se mangent entre eux car on les affame, ils sont nourris une fois par semaine quand ils ont la chance de recevoir quelque chose. A côté de ça il y a aussi des gens en Roumanie qui profitent de la détresse animale pour réclamer de l’argent aux gens et qui laissent mourir les chiens. On a déjà eu le cas c’est pour ça que je peux me permettre de parler de ça... Il faut se méfier de tout le monde mais malgré cela le monde est petit, on sait sur qui on peut compter dans ce pays...

Quand on arrive à trouver une famille pour un de ses loulous, ce n’est que du bonheur !!! Quand ils arrivent par camion, dans lesquels ils ont voyagé deux jours, ça peut paraître long mais après l’enfer qu’ils ont vécus, ce n’est rien, c’est juste un grand pas vers la liberté et le bonheur. J’ai eu plusieurs chiens de Roumanie en transit chez moi, ce sont des chiens tellement attachants et qui ont ce petit quelque chose dans les yeux... Comme pour vous dire merci à l’infini. Je continuerai à me battre pour eux, même si parfois ça implique beaucoup de temps et d’énergie, ils méritent qu’on se batte pour eux et pour tous ceux qui n’auront pas eu la chance de trouver une famille, et qui mourront dans d’atroces souffrances.

On travaille avec des assos anglaises qui nous aide sur le terrain, ils s’impliquent beaucoup dans le sauvetage des chiens roumains et aussi quelques assos allemandes mais je travaille rarement avec elles. Pour le rapatriements des chiens je travaille beaucoup avec l’association Mukitza qui m’aide au rapatriement des chiens, ils ont en général un voire deux transports par mois sauf en été car il fait trop chaud pour les chiens. En fait difficile de dire combien de chien sont concernés, nous faisons venir les chiens seulement quand ils ont une famille par contre Mukitza en fait beaucoup venir, 30 voire plus par mois.


Valérie m'a transmis un certain nombre de photos très explicites, mais je ne les proposerai pas dans ce billet, à l'exception de celle-ci. (Les autres seraient beaucoup trop dures à regarder pour beaucoup).

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Dans le cas qui nous intéresse, il s’agissait de plus de quarante chiens, dans deux camions, pour un covoiturage de 27 heures je crois savoir. Comme l’explique Valérie, c’est un transfert lourd, très long pour les chiens, mais c’est un passage obligé pour qu’ils puissent enfin vivre une vie normale, échapper à de terribles souffrances et à une mort certaine.

Jessy en Roumanie, au refuge. 

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Maintenant, essayons de comprendre comment la Roumanie a pu arriver à une situation aussi dramatique. Et c’est Loreta justement, bénévole dans un refuge en Roumanie, qui en ayant gentiment accepté de répondre à cette interview écrite, va nous expliquer l’histoire de ce pays et ses conséquences sur la vie des chiens roumains. 

- Pouvez-vous vous présenter rapidement.

Je m’appelle Loreta, je vis à Bucarest et je suis bénévole pour une toute petite asso roumaine qui protège les animaux.

- Pourquoi cette opération de transfert des chiens vers la France ? Que risquaient ces chiens ?

La réponse n’est pas si simple que ça, il faut présenter un peu le tableau. Pendant les années 80, le dictateur communiste Ceausescu a commencé une grande opération de « systématisation » des villages roumains. En fait, ça voulait dire tout démolir et faire reconstruire des HLM destinées à « l’Homme Nouveau »,  au lieu des maisons traditionnelles ou des vieux immeubles. Evidemment, les villageois devaient abandonner une bonne partie de leurs biens, les animaux domestiques et de compagnie inclus, pour aller vivre dans les cellules superposées, en béton  préfabriqué.  A Bucarest, la systématisation fait disparaitre beaucoup de vieilles demeures avec cour et jardin, notamment sur la surface destinée à faire bâtir le mégaprojet appelé « La maison du peuple » (appelée aujourd’hui Le palais de Ceausescu et, ironie du sort, devenue l’objectif touristique numéro 1 de la Capitale roumaine). Des centaines de familles ont dû déménager dans le plus court délai, laissant derrière leur compagnons a 4 pattes. Pendant des années, au fur et à mesure que les démolitions continuaient, les animaux abandonnés se multipliaient sans aucune contrainte, et le nombre des errants a encore grandi dans la période suivant la chute du communisme. Par contre, pas mal d’errants étaient pris en charge par des gens de bonne foi, qui leur donnaient à manger, essayaient de leur offrir des abris improvisés (dans le hall des immeubles,  sur les espaces publics, dans les parcs, dans des niches improvisées etc.) et qui les soignaient et les faisaient stériliser de leur propres moyens.

Des puissantes organisations pour la protection animale, tel Vier Pfoten, ont essayé de convaincre les autorités locales que la seule solution pour diminuer la population de animaux de la rue était de faire stériliser les errants et de sévèrement punir l’abandon. Des contrats ont été conclus puis résiliés avec la mairie de Bucarest, on a organisé de vifs débats, Brigitte Bardot est venue protester sur les lieux… Bref, aucune décision sérieuse et préoccupée pour le bien des humains ET des animaux n’a été prise. Le cas tragique d’Ionut, le petit garçon prétendument tué par des chiens errants, a été le prétexte parfait pour organiser une tuerie en masse, sans offrir aucune chance réelle a l’adoption pour les chiens de la rue.

A présent, les refuges publics de Bucarest, mais aussi de d’autres villages roumains, sont des vrais mouroirs, ou les loulous, sains et malades, sont entassés ensemble par dizaines dans des cellules froides, humides, malsaines. On leur jette le repas à côté des déjections, les contrôles médicaux sont quasi-inexistants et les heures de visites pour les potentiels adoptants sont impossibles (de 10.00 à 13.00 – quand les gens sont normalement au travail). L’attrapage et l’euthanasie des chiens de la rue rapportent gros, c’est un vrai business pour ceux qui gèrent de tels refuges, avec la bénédiction des autorités locales. La transparence dans ces refuges n’existe pas, on entend des histoires horribles de loulous achevés à coup de pelle ou électrocutés, pour toucher l’argent destiné en fait à l’acquisition des substances létales. Les dogcatchers attrapent très souvent des chiens qui ont un maitre, les refuges sont pleins de loulous avec un collier.

De nombreux roumains ont adopté des errants, mais « l’offre » est beaucoup plus grande que la demande. Les assos essayent de tout faire pour sauver des vies, on essaye de leur trouver des refuges privés, des familles d’accueil, mais la loi n’encourage pas les adoptions, au contraire. Pour faire sortir un chien du refuge public il vous faut un tas de papiers !!! Malheureusement, on remarque aussi un autre phénomène : des gens, des assos, qui exploitent le malheur des loulous et la compassion pour eux, pour des buts mercantiles. 

- D'une manière générale, quel est le statut du chien en Roumanie ?

La Roumanie a été, pendant des siècles, un pays agraire. Les paysans traitaient les chiens comme des biens qu’on peut exploiter, mais à qui on doit très peu (ou rien). Ces mentalités ce sont propagés jusqu'à nos jours. Il faut aussi préciser que le système communiste, qui a effectivement confisqué les animaux de milliers de familles afin de mettre au point les désastreuses coopératives agricoles, a ouvert une faille dans la relation homme-animal. Les gens, privés de leur bétail et des animaux qui leur permettaient de subsister, ont commencé à se désintéresser du sort des animaux en général. Malheureusement, les échos de ces mentalités sont visibles aujourd’hui. Il y a aussi les gens qui aiment bien les loulous et qui les comprennent, venez donc à Bucarest voir combien de gens promènent des chiens errants au bout de la laisse. Mais les abandons des chiens continue, et aussi l’exode des loulous de la zone métropolitaine de Bucarest vers le centre-ville (ça ne sert à rien d’attraper les loulous de la ville, tant qu’aux abords il y a plein de chiens qui cherchent en permanence des nouveaux territoires où ils peuvent trouver les moyens pour subsister).

- Pouvez-vous nous parler de Jessy, la chienne adoptée par Vanessa Myotte ? Quel est son histoire ? Son caractère ?

Jessy a été un des milliers des chiots abandonnés dans la grande ville. Je me rappelle qu’un jour, quand je promenais ma louloutte, je l’ai vue, elle et ses 4 ou 5 frères, des petites boules poilues dormant sous les voitures, dans la boue, dans la neige ou sous le soleil impitoyable des étés caniculaires roumains, recroquevillés sur les couvercles des canalisations, mendiant des caresses et des petits bouts de pain. Il n’y avait pas trop d’assos de protection animale, mais les chiens de la rue se comptaient par milliers (des dizaines de milliers, disaient les chiffres officiels). Je l’ai vue grandir, elle était la chouchoute de tout le monde, on lui jetait un os ci et là, mais probablement on lui donnait aussi plein des coups de pied. Parfois elle s’amusait à chasser les voitures de la rue avec ses frères, un « sport » dangereux et parfois mortel. J’ai été absente quelques années du pays, mais j’ai entendu dire qu’on la attrapée pour la faire stériliser (et après on l’a relâchée). Quand la tuerie des loulous s’est déclenchée, elle a échappé aux dogcatchers de justesse. Elli, la présidente de l’asso Bruno Shelter, a essayé 2 fois de l’attraper pour la mettre à l’abri dans un espace privé, mais elle s’enfuyait à chaque fois. On a même essayé de l’endormir avec un tranquillisant, elle s’est sauvé quand même ! A la fin, on a réussi à la mettre à l’abri, mais elle était plutôt timide et n’aimait pas qu’on lui mette le collier. Je n’imaginais pas qu’elle aurait pu trouver un jour une famille adoptive, capable de l’aimer telle qu’elle est. Mais voilà, les miracles se produisent des fois !! Je ne cesserai jamais de remercier Vanessa Myotte de lui avoir accordé cette chance à la vie et a l’amour.

- Qu'attendez-vous des acteurs de la protection animale en France ? Que peuvent-ils faire pour vous aider ?

On peut faire beaucoup pour les loulous roumains, surtout des pressions internationales au niveau de l’UE. Rien ne justifie la maltraitance et la souffrance d’un être vivant, surtout d’un être qui a accompagné et aidé l’Homme depuis la nuit des temps. Et qui l’a aidé à progresser.

Je suis étonnée et reconnaissante pour cette formidable solidarité internationale qui fonctionne parfois fois à merveille. Des assos qui assurent le transport gratuit des loulous vers la France ou ailleurs, des assos qui prennent des loulous roumains sous leur aile, en essayant de leur trouver des familles responsables. Je vois parfois sur facebook des commentaires du genre « Pourquoi sauver des chiens roumains, car on a aussi nos propres chiens malheureux ». Je voudrais souligner que la souffrance n’a pas de frontières. Qu’il s’agisse des loulous de France, d’Espagne, de Roumanie, de Serbie, les animaux en détresse n’ont pas de voix pour appeler au secours. Ils subissent les pires supplices, et même après tout ça, la merveilleuse étincelle d’amour et de sagesse universelle de leur yeux n’arrive pas à s’éteindre.


 

Pour être encore plus précis, le 10 septembre 2013, à la suite d’un incident dans lesquels des chiens errants auraient été impliqués, et qui aurait provoqué le décès d’un jeune garçon, a été votée une loi autorisant l’euthanasie des chiens. Cette loi autorise l’euthanasie si l’animal n’a pas été réclamé dans les 14 jours après capture.

On parlait à ce moment-là de plus de 40 000 chiens errants à Bucarest.

Le problème qui s’est posé instantanément est que de nombreuses personnes se sont mises à courir après les primes, ce sont les dogcatcher. Outre le délai de 14 jours qui n’est que peu (ou pas) respecté, les conditions d’euthanasie sont la plupart du temps au-delà de l’imaginable. Plusieurs associations ou fondations avaient pourtant proposé des campagnes de stérilisation, comme la fondation Bardot, mais le gouvernement roumain n’était pas du même avis. Aujourd’hui, cette capture et ce massacre de masse concerne bien entendu les chiens errants, mais également les animaux qui ont un maître, et se déroulent même jusque dans les refuges ou sur des terrains privés.

Encore plus clairement, la capture et le massacre des chiens errants en Roumanie ne règle rien, sans une campagne de stérilisation et d’adoption massive, les chiens continueront de se reproduire, et de générer de nouveaux clients pour cette tuerie de masse.

Pour résumer, chaque animal qui aura pu arriver en France, sous couvert d’une association ou même comme Jessy pour rejoindre un adoptant, est un animal qui aura échappé à ce massacre.

Jessy, au départ du covoiturage.

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Son jeune congénère Safi, à la maison également, mais en famille d'accueil.

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Vanessa, présidente et fondatrice de l'association "Un coeur sur pattes" nous parle maintenant de cette fameuse journée du 12 juillet, de l’arrivée des chiens, puis de ce qui a motivé sa décision d’adopter Jessy. 

- Peux-tu nous raconter l’arrivée de ce covoiturage géant ? Comment s’est passé le transfert des chiens ? Et d’une manière plus générale nous parler des émotions inhérentes à ce genre d’opération ?

Vous vous en doutez certainement mais la nuit précédant l’arrivée de Jessy en France a été courte, très courte, très très courte…Et le peu de sommeil qui a bien voulu de moi était, comment dire… un peu agité, animé, plein de doutes mais aussi d’espoir… de doux rêves…

Sam, mon beau-frère et accessoirement ami,  a eu la gentillesse de m’accompagner à Saint Avold dans le département  57 ( à 425 km d’ici), lieux de rendez-vous pour récupérer Jessy. Arrivés sur place, nous avons été accueillis par des gens adorables qui nous ont ouvert leur maison, nous y avons rencontré des familles d’accueil, des adoptants et des covoitureurs, des bénévoles de refuges, qui eux-aussi venaient récupérer des loulous, Valérie avec qui j’avais tellement bavardé, j’étais tellement heureuse de la rencontrer enfin. Nous avons tous discuté, échangé….comme si nous nous connaissions déjà, comme si nous nous étions déjà rencontrés auparavant… Nous comparions les kilomètres parcourus par chacun, une sorte de concours, de compétition venait de prendre place, c’était amusant…pas de chichis entre nous, le tutoiement était de rigueur…nous avons ri, beaucoup ri…l’humour je pense nous aidait à « cacher » notre angoisse, notre stress, notre inquiétude….nous ne pouvions cacher notre impatience, nous trépignions, tout en dégustant des pâtisseries, en buvant un café, regardant très souvent nos montres… chacun montrant la photo de son petit élu Roumain, vantant les mérites de celui-ci, ses nombreuses qualités, sa beauté… Beaucoup beaucoup d’émotions en attendant ce convoi exceptionnel, comme ils étaient attendus ces loulous venus de si loin pour une nouvelle vie… Puis un coup de fil nous avise que les camions de transport avaient 1 heure de retard…bon sang il fallait attendre encore 1 heure ? mais comment gérer ce stress grandissant ? Bon allez avec Sam on fait des tours de pâtés de maisons on regarde et on commente les architectures quelques fois particulières des bâtisses aux alentours, on passe, on repasse devant la maison de nos hôtes, on sourit à nos comparses restés dehors dans la rue, ou dans la cour….sourires un peu crispés, inquiets  tout de même… mais le climat restait tout de même très convivial, complice, chacun prenant sur soi pour attendre dans les meilleures conditions possible. Avec Sam, nous avons vérifié plusieurs fois où se situait le parking sur lequel devaient stationner les camions, nous avons méticuleusement examiné chaque entrée, chaque sortie… ben quoi ? Des semaines que je l’attendais ma puce, je n’allais quand même pas la rater !!!!

Tout le monde a enfin rejoint  ce fameux parking qui est désormais mythique  …mais chacun étant à l’écart…comme si nous éprouvions le besoin de nous retrouver seul, ou en famille dans notre bulle…comme si une préparation hors de la « foule » nous était indispensable… une sorte d’étape, de moment indispensable avant d’accueillir les loulous, nos loulous… Comparé aux premiers instants partagés ensemble, le silence, un silence lourd, pesant a fait place sur ce parking, les bavards se faisaient muets, nous attendions, le calme régnait, une espèce de pudeur, une sorte de respect nous interdisant de parler, une sorte de mutisme incontrôlable s’est emparé de nous… Puis les deux camions avec le précieux chargement est arrivé… ils ont stationné à quelques mètres de nous… Je n’avais plus de souffle, j’ai regardé Sam, je lui ai dit « ça y est ils sont là ! » et les larmes ont coulé, il a frôlé ma joue avec un sourire réconfortant, bienveillant… Tout le monde était un peu comment dire…désorienté, emprunté, ne sachant pas quoi faire précisément… n’osant pas trop s’approcher… attendant des directives…les chauffeurs sont descendus, ont ouvert les portes, et là moment très fort encore lorsque nous avons vu tous ces chiens, des grands, des petits, des chiots… dans des cages, leur regard, je n’oublierai jamais leur regard, j’entendrai toujours  leurs aboiements… 

Puis tout est allé très vite…je me suis approchée du plus grand camion, Sam était en retrait derrière… j’ai plongé ma tête dans la camion, j’ai cherché Jessy, chaque regard posé sur un loulou me touchait terriblement, quelle détresse, quelle peur, quelle angoisse, quel désespoir même nous pouvions lire dans leurs yeux… je ne voyais pas Jessy, « mon dieu, où pouvait-elle donc être ? », et si elle n’était pas là ? (même si j’avais reçu une photo de ma puce envoyée par Loreta juste avant son départ, dans sa cage installée dans le camion), j’en venais à douter… j’avais peur, j’étais désemparée, je pleurais, je regardais Sam, je lui disais « je ne la trouve pas Sam, je ne trouve pas ma fille ! » des minutes angoissantes, déchirantes que je ne voudrais pas revivre… Sam s’approche et me dit « est-ce que tu as regardé, là-bas au fond, derrière les autres cages ? Mais non je n’avais pas regardé… je m’y attèle,  j’examine de plus près, je regarde au fond du camion et là je vois ma Jessy, tapie au fond de sa cage, en boule, le regard apeuré, elle était terrifiée… A cet instant, je me demande comment mes jambes m’ont soutenue tellement l’émotion que j’ai ressentie était forte, violente… je lui ai dit « Jessy, je suis là tout va bien, je suis là ma fille… » je me suis tournée vers Sam, rassurée et je lui ai dit que je l’avais trouvée, il a souri, un sourire qui voulait dire c’est bien je suis content pour toi, enfin voilà, la voilà…

L’un des chauffeurs me voyant en larmes m’a demandé quel chien était pour moi, je lui ai dit Jessy en la montrant du doigt, il a déplacé les cages devant pour dégager l’accès à celle de Jessy, une bénévole l’a sortie avec l’aide de Valérie, nous l’avons installée dans la voiture de Sam, à l’arrière…Plus rien d’autre ne comptait à cet instant… Jessy et moi étions seules au monde, c’était notre moment à nous, rien qu’à nous, je ne voyais plus les gens autour, nous étions dans une bulle, un moment hors du temps, suspendu…. Je l’ai embrassée, serrée fort pas trop pour ne pas l’effrayer mais juste assez pour lui montrer combien je l’aimais, elle me regardait, m’a léché le nez comme si à cet instant elle avait compris qui j’étais, pourquoi elle était là, pourquoi moi j’étais là… Les larmes continuaient de rouler sur ma joue, je n’arrivais pas à réaliser, je la serrais enfin dans mes bras…

Nous avons passé plus de 5 heures côtes à côtes dans la voiture, je me suis allongée tout contre elle… nous nous sommes endormies…

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- Pourquoi Jessy ?

Amélie a posté l’annonce de Jessy sur mon mur Facebook, lorsque j’ai vu sa photo, je pense que mon cœur a fait une rotation de 720° minimum, mes larmes ont roulé sur mes joues, une véritable cascade inépuisable… Les yeux mouillés, noyés, j’ai été incapable de détourner mon regard de l’écran, je l’ai admirée, contemplée, désirée cette beauté de chienne au regard si doux… qui ressemblait tant à ma Soukette (je vous en parlerai plus tard sans doute de ma regrettée Soukette, mais ma peine est encore très vive, trop vive lorsque je tente de parler d’elle…)

Cette photo a changé la vie de Jessy, la nôtre…

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C’est un peu comme une d’histoire d’amour vous savez entre deux êtres humains, le truc qu’on se dit de suite… Ayeh c’est lui ou elle ! je l’ai trouvé (e ) ! coup de cœur, coup de foudre, coup d’amour, beaucoup d’amour c’était une évidence, c’était elle !

J’ai immédiatement envoyé un message privé à  Valérie qui gérait l’adoption de Jessy, nous avons longuement parlé au téléphone de la vie de la louloute, de son avant, de son pendant et son après…

Et au fur et à mesure de la conversation l’évidence était de plus en plus évidente, Jessy et moi, moi et Jessy, c’était écrit…bon je sais ça fait un peu cliché mais bon…c’est comme ça et pis c’est tout !

Les semaines qui ont suivi ont été longues, interminables… Il a fallu attendre que Jessy soit un peu plus « sociable », qu’on puisse lui mettre un collier, qu’on puisse l’approcher d’avantage afin qu’ elle ait  moins d’appréhension, d’angoisse, de stress… Cette attente était bien évidemment  légitime mais il n’en reste pas moins que j’aurais aimé l’écourter, accélérer  le temps et réduire la distance géographique qui me séparaient d’elle….

 La perspective d’accueillir Jessy  à la maison me rendait tellement heureuse et en même temps j’étais inquiète…  « Allais-je être à la hauteur ? saurais-je lui apporter tout ce dont elle avait besoin ? serait-elle heureuse à nos côtés ? »

Je l’avais « choisie » mais elle ne nous avait pas choisis nous…


 

Valérie et Loreta ont déjà répondu à la fameuse question « Mais pourquoi aller sauver des chiens en Roumanie alors qu’il y en a à sauver en France ? », mais je vais tout de même y mettre mon grain de sel. Tous les gens qui sont actifs dans la protection animale connaissent par cœur une réflexion qui leur est faite : « C’est bien de sauver des animaux, mais il faudrait peut-être mieux s’occuper des enfants qui meurent de faim ! »

Quel est donc ce besoin manifestement irrépressible de hiérarchiser les problèmes, de classer par niveau de valeur les maux de notre monde ? Pour quelle raison essayer de régler certains problèmes demanderait de mettre en attente les autres ? Qui est capable de définir ce qui est prioritaire ? Tout simplement personne, car ceci implique un jugement de valeur impossible à effectuer. Faut-il participer financièrement à l’aide au victime du tsunami ou à combattre la famine dans le monde ? Comment décider ? En comptabilisant le nombre de morts ?

La protection animale, et des chiens en particulier, n'implique en aucun cas de laisser les autres problèmes de côté, d'ailleurs, il est assez fréquent de constater que certains jouent sur plusieurs tableaux.

 

Il y a maintenant un mois et demi que Jessy est avec nous, et ce n'est pas toujours facile. Les deux premiers jours se sont passés à merveille, presque trop bien même, avant que la chienne ne retrouve de vieux réflexes, de peur, de fuite, échapper à l’homme est alors redevenu son activité principale. Aujourd'hui, la progression est constante, et Jessy se détend, mais nous reviendrons sur son arrivée et son adaptation dans un prochain billet, pour évoquer son comportement, ses craintes, mais aussi sa curiosité...

En attendant, quelques photos de la belle Jessy à son arrivée, et certaines un peu plus récentes.

Adrien qui lui donne un peu d'eau.

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Avec Mag, à son arrivée.

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Avec Diablo.

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Avec ses nouveaux compagnons et Vanessa.

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To be continued...